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Retour 02.12.2019

L’open data dans le domaine de l’eau rend service aux acteurs concernés

Depuis 2003, la France oblige ses services publics à mettre à disposition l’ensemble des données en lien avec l’eau. Des millions de données sont donc à disposition, gratuitement. Cet « open data » facilite la vie des services publics eux-mêmes et offrent des opportunités à des entreprises ou start-up. Bien que disponibles, les données brutes nécessitent un travail important avant d’être parlantes pour les citoyens. Tels sont les principaux enseignements de Laurent Coudercy, de l’Agence française de la biodiversité, qui s’exprimait lors de la première conférence Smart Water au Châble.  

Entre 200 et 300 acteurs publics sont actifs dans le domaine de l’eau en France. « Plus de 20 millions de données par an sont recueillies pour l’hydrométrie, 16 millions pour les contrôles sanitaires et plus de 8 millions pour les analyses chimiques », précise Laurent Coudercy, qui travaille depuis plus de 25 ans dans le domaine. Le stock de données est donc très important, avec également des informations historiques, puisque les plus anciens relevés datent de 1899.   
 
« Il y a une vraie évolution vers l’open data », selon Laurent Coudercy. Tout a débuté en 2003 avec la convention d’Aarhus et un protocole qui demande aux organismes publics de diffuser leurs données. En 2011 est arrivée la loi Lemaire qui a permis d’ouvrir toutes les données des services publics.  
 

Des bénéficiaires pour les données ouvertes 
Mais à qui sert l’open data dans le domaine de l’eau ? « D’abord aux organisations qui fournissent les données », précise Laurent Coudercy. Cela permet d’éviter d’avoir à négocier avec les gens pour mettre à disposition ou non des données. Là, il suffit de leur montrer où elles sont stockées. C’est plus simple et cela oblige les acteurs à s’organiser. Les données ouvertes sont également utiles aux entreprises, start-up ou professionnels de l’éducation. « Ils peuvent utiliser les données pour développer de nouveaux services aux citoyens ». Au final, les citoyens en bénéficient très peu, car les données sont difficiles à manipuler.  

En à peu près 25 années d’expérience, Laurent Coudercy a pu se rendre compte que les données sur l’eau servaient parfois à des usages moins conventionnels. Par exemple des données sur les crues de la Loire, qui faisaient l’objet de demandes régulières depuis l’Allemagne. Elles étaient utilisées… pour la planification de stages d’entraînement de kayakistes allemands. Ou une université qui demandait les hauteurs d’eau d’une rivière sur une longue période… pour étudier le déplacement des fourmilières. Ou encore la police nationale qui souhaitait connaître le débit de certaines rivières… afin de savoir s’ il convenait de récompenser par une médaille les policiers courageux, en fonction de la force du courant.   
 

Des données compliquées à manipuler 
L’ensemble des données françaises sur l’eau sont rassemblées sur la plateforme Hub’eau. Beaucoup s’en servent pour développer des applications mobiles, mais d’autres pour un téléchargement direct. Reste que les données sont compliquées à manipuler, même si ce sont, à la base, souvent des fichiers de type csv. Il faut pouvoir les interpréter, les visualiser au mieux pour leur donner un sens. C’est ce qu’arrivent bien à faire certains médias avec des infographies. « Il est donc important d’avoir des acteurs intermédiaires pour que les citoyens comprennent les données mises à disposition ».  

Il est indispensable d’aider les utilisateurs et ne pas uniquement mettre la donnée en ligne. « Pour aller plus loin, il faut inciter à l’innovation, par exemple en organisant des hackathons ou en accompagnant les start-up, avec de l’appui technique et/ou du financement ».   

 

Les acteurs privés s’y mettent aussi 
Des acteurs privés commencent également à ouvrir leurs données, y compris à leurs concurrents. Les choses bougent aussi au niveau législatif. Une nouvelle directive européenne stipule que les données issues de services publics sont gratuites et réutilisables. Du coup, les entreprises commencent également à se dire que l’open data est utile pour elles.  

La problématique de la protection des données personnelles et du RGPD n’inquiète que très peu Laurent Coudercy. « Il y a en fait très peu de données personnelles dans le domaine de l’eau. Cela arrive d’avoir parfois des noms de propriétaires de forage ». C’est en revanche plus compliqué pour les relevés de la faune et la flore. Au-delà de la protection de la vie privée, l’enjeu se situe plutôt au niveau du secret commercial.  


Propos recueillis le 15 novembre 2019 lors de la conférence Smart Water au Châble 

 

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